MAO: Comment être enfin en paix avec tes musiques (et oser les finir)

0 Partages
Image de l'article "MAO: Comment être enfin en paix avec tes musiques et oser les finir"

Souvent quand on écoute nos artistes préférés, on se sent aussi petits qu’un éléphant errant dans la stratosphère.

Eux arrivent à faire des trucs qui déchirent, alors que nous… cela ne ressemble à rien.

Comparaison = uppercut dans ton estime = découragement

Mais tu veux savoir la bonne nouvelle?

Tout ceci ne tient pas…

Car notre perception est biaisée.

Pourquoi tu ne devrais jamais comparer ton niveau avec celui des pros

Car ce que tu ne vois pas, c’est que ton artiste préféré à aussi beaucoup galéré au début. Comme toi.

Regarde.

On peut généralement dire 2 choses des touts 1ers titres que ton mentor a osé dévoiler au monde:

    1- ce ne sont souvent pas ses meilleurs

    2- ce ne sont sûrement pas ses 1ers essais

Et ce 2ème point est crucial en MAO

Car non seulement ses 1ers titres publics sont moyens, mais en plus ce sont loin d’être ses 1ers essais…

C’est juste les 1ers morceaux qu’il était assez fier de partager.

Avant ça, combien il en a foiré?

Combien de titres bancals il a produit? Sans parler des titres qui n’ont jamais abouti…

Des dizaines, voire probablement des centaines…

Ce que personne n’ose te dire à propos de leurs débuts

La fausse croyance, c’est cette histoire de talent.

Elle place les autres artistes sur un piédestal et te fait sentir tout pourri en comparaison.

La vérité, c’est qu’à part les 0,1% d’exceptions qui ont un talent inné de naissance (ex: Mozart), il faut en général beaucoup d’acharnement et d’échecs pour réussir. 

Le talent n’a rien à voir là dedans

Quand quelqu’un réussit, on ne voit que la partie émergée de l’iceberg.

Sa réussite. 

Et il est cruel de se comparer à cette partie là, car il a déjà une sacré avance sur toi.

Cette avance, c’est la somme de tous ses échecs: toute la partie immergée de l’iceberg. Toutes ses erreurs, ses apprentissages qui lui ont permis de réussir par la suite.

Mais cet immense travail, on ne le voit pas.

…et on continue de se nouer les boyaux de la tête à n’admirer que le côté brillant de la médaille.

Ce serait tellement plus simple si tous les artistes mettaient en ligne leurs toutes 1ères bouses. On serait alors bien moins complexés et tentés de se comparer à l’impossible.

C’est ce point crucial que j’aimerais aborder en 1er.

Voici à présent 5 étapes que tu devrais suivre pour chouchouter tes musiques jusqu’à leur point final

Etape 1: Déniche les bouses

Cherche ces fameux débuts de ton artiste préféré. 

Remonte le plus loin possible dans le temps et trouve ses 1ers enregistrements ou son 1er EP amateur.

Bon, ok. Parfois ces perles seront difficiles à trouver, car bien cachées sous le tapis.

Mais ces quelques recherches valent vraiment le coup

Car cela servira à bien dégager ce nuage noir de ta tête. Celui qui te fait voir toutes tes propres oeuvres en négatif.

Tu pourras alors les apprécier pour ce qu’elles sont: des reflets de ton niveau du moment. 

En constatant que les artistes que tu admires ont un jour passés par la case « débuts ingrats », comme toi.

Et si tu ne trouves pas, cherche les 1ères vidéos de ton Youtubeur préféré. Tu comprendras de quoi je parle quand je te dis qu’on démarre tous au niveau amateur.

…et d’ailleurs, comme promis dans une précédente newsletter

Juste pour que tu te marres un bon coup et que tu relativises ton propre niveau, voici la compil de mes propres débuts en MAO. 

On est entre 2007 et 2013:

Si tu veux remonter plus loin (2003), tu peux aussi visiter cette page. C’est le groupe avec lequel j’ai démarré la MAO. J’étais compositeur, guitariste, batteur et « ingé son maison » (enregistrements/mixage).

Et pour comparer à ce que je fais maintenant, tu as quelques titres plus ou moins récents sur la page à propos du site.

Etape 2: Remarque les arbres en fleurs sur le bord du chemin

Ne verrouille pas tes pensées sur l’objectif final. 

Que tu veuilles créer des musiques pour ton plaisir ou pour un objectif plus ambitieux (pro), range cette finalité dans un tiroir de ton esprit. 

Car sinon, tu passeras à côté de la joie d’apprendre et de progresser.

Prenons le cas des jeux vidéos 

Imagine le jeu typique dans lequel tu incarnes un chevalier qui va combattre des créatures mythologiques, comme des gobelins ou des minotaures.

Bon.

Au début, bien souvent, tu démarres avec une épée en bois, ton slip et un collant + vieux t-shirt comme armure. Sans parler de tes capacités bidon qui t’autorisent tout juste à couper quelques bûches pour 2 pauvres deniers.

Mais vers la fin du jeu, tu chevauches pégase, avec une armure argentée et tu brandis une épée enflammée pour décapiter des hordes de dragons géants. Tu amasses des sacs d’or par palettes et tu peux alors offrir les plus beaux châteaux à ta princesse.

Personne ne te résiste. Tout devient (trop) facile.

Et si le jeu démarrait par là?

Si tu avais déjà tout dès le début… quel serait l’intérêt de cette aventure? Est-ce que tu y jouerais aussi longtemps?

Le plaisir du jeu vient de toutes les étapes que tu franchis en route. Ton personnage devient de plus en plus fort et équipé au fil de ses batailles. 

Résultat?

Tu en ressort gorgé de satisfaction à chaque nouvelle étape franchie.

Tes batailles à toi? 

Ce sont chacune des musiques que tu arriveras à terminer

Et ce, même si au départ elles ne rivaliseront pas avec les top musiques du moment. (On l’a vu, ce n’est pas grave)

Car ceux qui tiennent sur le long-terme sont ceux qui apprécient les petites victoires en route. Ceux qui ne se projettent pas trop vite dans le futur. Ceux qui se nourissent de satisfaction à chaque étape.

Alors célèbre chaque morceau fini. Demande toi ce que tu essaieras de faire mieux la prochaine fois. 

Et progresse, en prenant du plaisir.

Tu apprécieras mieux le chemin, au lieu d’être frustré et aveuglé par une destination trop lointaine.

Etape 3: Positionne toi de manière réaliste

Considère ton niveau avec humilité.

Une ceinture blanche de karaté ne va pas s’amuser à défier une ceinture noire en compétition. Sinon, ce sera:

  • réveil à l’hosto 2 jours après
  • Repas mixés à boire à la paille

Alors oui, pour le karaté le niveau est bien visible. C’est la couleur qui tient le pantalon.

Pour nous, home studistes, c’est un peu moins évident. 

Mais voici une échelle de classement que j’ai mise en place au fur et à mesure du travail avec mes élèves.

Elle pourra t’aider à mieux te positionner.

Considère 4 niveaux

  • débutant: tu as tout à apprendre de l’univers home studio et de la MAO. (télécharge ce guide gratuit bien utile pour démarrer vite et fort) Tu bidouilles, mais tu n’as pas encore fini de musiques dignes de ce nom.
  • intermédiaire: tu sais produire une maquette de qualité. Même peu ou pas mixée, ta musique arrive à captiver ton auditeur.
  • confirmé: tu sais produire une musique soignée, « semi-pro », mais pas encore de qualité suffisante pour vendre. Tu peux néanmoins la partager gratuitement pour te faire connaitre.
  • pro: tu sais produire des musiques de qualité et tu les vends (ou tu vends tes prestations).

Sois honnête avec toi-même

Ne te surestime pas. Ne te dévalue pas non plus. Essaie de bien te positionner, c’est très important.

Cela te permettra de mieux évoluer au sein de ton propre niveau. De te donner des objectifs court-terme atteignables et d’éviter de te comparer aux catégories du dessus trop vite.

Tu seras davantage conscient de ton niveau et pourras alors plus facilement décréter quand un morceau est terminé.

Etape 4: Démarre simple

Travail acharné trop long + résultat décevant = grosse claque = t’es dégoûté à vie. 

Donc, fais plutôt des petites productions au début: 2mn, 4-5 instruments.

Les dessinateurs commencent par faire tout plein de petits croquis, pour s’entrainer. Ils ne tentent pas de reproduire la peinture de la chapelle sixtine pour leur 1ère oeuvre. 

Ce serait un trop gros chantier pour leur manque d’expérience. Et donc un sérieux facteur de démotivation.

Fais pa-reil

Je sais que la tentation de te démarquer en faisant du virtuose au début est grande.

Tu veux t’imposer, tu veux qu’on remarque que c’est pas bidon ce que tu fais. Mais cela te désserviras très vite en MAO. 

Car le chantier va trainer en longueur.

Résultat?

1- Il va devenir aussi insupportable qu’une poignée de sable incrustée dans ta raie des fesses.

2- Il décapitera ton moral et incrustera dans ton esprit que:

« créer une musique est un véritable calvaire… »

Alors au début, vois moins grand

Te concentrer à faire des musiques basiques mais rapides, te permettra d’en finir plus et donc d’accumuler un max de petites victoires. 

Un sérieux boost pour ta confiance et ton expérience.

Par exemple, tu pourrais démarrer par créer un 1er morceau juste piano-voix. Puis, piano, voix, grosse caisse, basse. Puis le prochain, essayer d’ajouter une batterie complète et des contre-chants, etc.

A toi de voir selon ton cas, tes goûts, ton style. Et d’augmenter la difficulté de manière graduelle.

Pour un beau jour faire le constat inverse:

« créer une musique est un p… de kiff!! ».

Etape 5: Achève le dragon, embrasse la princesse (ou le prince, c’est comme tu veux)

Démarrer un nouveau morceau, c’est excitant. On a de nouvelles idées, on se projette dans quelque chose de grandiose. On est fier.

C’est le mini shoot de plaisir. 

Mais très vite, la lassitude prend le pas. On se pose des questions. On s’ennuie.

Et bien souvent, le chantier reste en branle et on passe a autre chose. À l’assaut d’un nouveau morceau, pour une autre dose de plaisir immédiat…

STOP

Ton objectif 1er devrait toujours être: FINIR

  • Finis selon ton niveau.
  • Finis des choses simples.

Mais finis!

Mets un terme à ce que tu as commencé.

Car tous tes projets mort-nés ne feront qu’accentuer ton sentiment de culpabilité et te feras sentir comme le dernier des incapables.

Car si démarrer te procure un tout petit shoot de plaisir éphémère, finir te donnera une énorme dose de satisfaction long-terme.

Un tout autre monde

Tes morceaux finis seront ton historique, les témoins de ton évolution, les balises temporelles que tu réécouteras plus tard avec un sourire plein d’empathie. 

Fier de les avoir fait. Fier d’avoir évolué depuis.

Tu seras comme cet enfant qui garde tous ses dessins et les survole de temps à autre pour  constater sa progression.

Alors oui, certaines compo sont juste de mauvaises idées qu’il faut laisser tomber assez vite. Mais les idées qui font rebondir ta poitrine et pétiller tes neuronnes dès le début sont celles qui méritent d’aller au bout.

Et tu dois te défoncer pour elles, même si finir reste un des plus gros défi pour les créatifs…

C’est pas marrant, mais c’est la meilleure des récompenses

Ne te gave pas de plaisirs sucrés éphémères qui ne feront qu’engraisser ta culpabilité.

A la place, prend l’habitude saine de finir. Cela te demandera certes plus d’éfforts, mais la satisfaction et la fierté ressentie seront aussi bien plus grandes et durables.

Et telle l’hormone du plaisir liée à l’effort soutenu du sportif, tu deviendras à ton tour accro à cette nouvelle source de satisfaction plus durable et saine pour tout créateur de musique:

Finir.

Alors relève la tête, apprécie chacun de tes pas… et avance droit devant

On l’a vu: les pros se sont plantés aussi. 

Si tu en es à tes débuts, c’est normal de na pas avoir leur niveau. Il te faut juste te laisser du temps, avoir des objectifs réalistes et savourer chaque victoire intermédiaire.

Tu prendras alors plus ton pied et évitera de te cribler de frustrations. (Ou de succomber aux solutions de facilité des vendeurs d’outils miracles)

Alors ce n’est pas simple, c’est vrai. Tu auras des moments de doutes et tout ne se déroulera pas comme sur un long fleuve tranquille. 

Mais si tu gardes en tête les concepts forts partagés ici, tu pourras à chaque fois te relever et rester enthousiaste sur tes créations.

L’esprit verrouillé sur ton objectif premier: finir.

Je suis un marcheur lent, mais je ne marche jamais vers l’arrière.

Abraham Lincoln

C’est à toi de jouer

Commence simple. 

Va juste faire une petite recherche sur tes mentors. Constate l’immaturité de leurs 1ers projets, et dis toi que c’était le meilleur du meilleur qu’ils pouvaient donner à l’époque.

Dis toi que pour ces sons bancals, ils se sont fait un claquage de la créativité et ont suinté du cerveau pendant un bon paquet d’heures.

  • Tu seras alors rassuré et cesseras de te comparer avec un niveau qui n’est pas le tiens.
  • Tu accepteras alors mieux ta position et t’autoriseras du temps pour progresser. 

Car une des principales barrière que l’on rencontre avec la MAO en home studio ne se trouve souvent ni dans nos outils, ni dans nos techniques, mais bien dans nos têtes.

Savoir que tu peux le faire, savoir comment rester passionné vis-à-vis de tes créations sera déjà un énorme pas dans ta réussite.

Tu prendras alors plus de plaisir à terminer chaque projet.

Plus de plaisir à apprendre à chaque étape.

Plus de plaisir à faire écouter tes nouvelles oeuvres.

Et tu évolueras…

… un sourire après l’autre.


Cet article t’a plu? Tu as appris quelque chose? Ou une remarque constructive à faire?

–> Alors dis-le moi dans les commentaires. 

Cela me fait énormément progresser de connaitre vos avis, et c’est toujours un grand plaisir de vous lire! 

N’hésite pas, je mets un point d’honneur à répondre à chacun(e) d’entre vous.

Julien


Crédits photo: waagefr, Nika Akin, RENE RAUSCHENBERGER, ElisaRiva, Pete Linforth, Please Don’t sell My Artwork AS IS, Tom und Nicki Löschner, Felix Lichtenfeld.

0 Partages
Julien Moulinié-Chaumel
 

Musicien passionné par l'univers Home-studio, Julien doit encore être en train de rassembler ses idées pour écrire des articles bien détaillés. Et tout ça avec un seul but: t'aider à créer dès maintenant ta propre musique.

Click Here to Leave a Comment Below 4 comments
vincent machon

Bravo à toi Julien pour ce recul bienveillant et salvateur!

Le chemin que tu nous propose est très motivant!

je bidouille seul depuis quelques mois, et j’avoue souvent ressentir ce que tu décris, par complexe vis à vis d’autres qui ont plus d’expérience que moi.

mais on persévère, on termine (on n’a jamais terminé!) et lorsqu’on chipote, c’est qu’on n’est pas loin de la fin, et c’est là qu’il faut arrêter je pense. quitte à y revenir avec une idée près précise un peu plus tard parce que le temps et l’écoute avec plus de recul nous auront mis en face d’une évidence qu’on ne pouvait pas voir lorsqu’on était « trop près du tableau », à la manière d’un peintre qui s’éloigne de temps en temps de sa toile.

merci à toi 😉

Vincent.

Reply
    Julien Moulinié-Chaumel

    Avec plaisir Vincent!
    Oui, il faut garder le moral et surtout ne pas bruler les étapes.
    C’est clair qu’en travaillant seul, on a besoin de sortir du bouillon, de laisser reposer.

    Cela dit, il ne faut pas trop trainer en longueur non plus.
    Car tu t’amélioreras toujours… et donc tu pourras toujours potentiellement faire mieux.
    Donc, cela reculera toujours la date du coup de tampon final sur ta prod.

    À un moment, je pense qu’il faut te demander; « est-ce que j’ai donné le meilleur de ce que je pouvais faire, selon mon niveau actuel? »
    Mettre un point final et avancer sur une autre prod.

    Reply
Tony

Salut et merci Julien pour cet article. Ton blog permet d’apprendre tous pleins de choses utiles, surtout pour un musicien et novice en home studio comme moi ! J’ai enfin acquis mon petit système (petite carte son, micro studio, casque et DAW mixcraft) et je suis en phase de commencer à bidouiller sur des petites compos … L’aventure commence pour moi et ton article est source de conseils et d’encouragements ! Du coup merci et hâte de lire le prochain !

Tony

Reply
    Julien Moulinié-Chaumel

    Merci Tony pour tes bons mots 🙂
    Je te souhaite le meilleur et beaucoup de plaisir dans tes projets!

    Reply

Leave a Reply: